Art et Démocratie

Les débats liés aux arts du dessin entre 1789 et 1792

 

Base de données constituée par Desmond-Bryan Kraege, Matthieu Lett et Sibylle Menal

sous la direction de Christian Michel


Nous avons réuni sur ce site l’ensemble des textes venus à notre connaissance qui interrogent ce que doit être le statut des arts dans un pays où il a été proclamé que le « principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la Nation. » (Déclaration des droits de l’homme, article II). Sur cette base, toutes les institutions monarchiques, sur lesquelles reposait le système des arts sous l’Ancien Régime, doivent être repensées et réformées. Ce sont pendant ces années qu’apparaissent des questions qui sont toujours d’actualité : la définition de l’artiste par rapport au praticien ou à l’artisan, la nécessité ou non d’un enseignement artistique, la forme que celui-ci doit prendre, la façon dont doivent être passées les commandes publiques, le droit des artistes sur la diffusion de reproductions de leurs œuvres, doivent désormais être fondés sur la raison et être compatible avec la liberté et l’égalité des droits.

Plus d’une centaine de textes, les uns sous la forme de pamphlets, les autres profondément raisonnés, sont écrits et publiés pendant les trois années qui séparent la revendication de la souveraineté populaire lors du Serment du jeu de paume en juin 1789 et la chute de la monarchie le 10 août 1792. Les plus importants sont les différents projets élaborés entre octobre 1790 et juin 1791. Bien qu’ils soient aujourd’hui largement méconnus, ils constituent les fondements, ou, tout au moins, les premières manifestations des arguments qui depuis alimentent les débats récurrents sur l’enseignement artistique, sur la place que doivent tenir les institutions d’État dans le développement des arts, sur l’intérêt économique qu’il y a à encourager les arts du dessin.

La nature et la forme des écrits dont nous disposons est très variée : opuscules, articles dans la presse, lettres publiques, pétitions, discours dont le texte a été conservé. Certains d’entre eux ont été largement diffusés, d’autre ne sont connus que par des des copies manuscrites, notamment celles que Jean-Charles Deloynes a insérées dans le tome liii du recueil qu’il a constitué et qui est conservé au Cabinet des Estampes de la Bibliothèque nationale de France (voir Bibliographie). Les discours lus à l’Assemblée nationale et à l’Assemblée législative ont été retranscrits dans la presse contemporaine, avec des variantes selon les journaux, et republiés au xixe siècle dans les recueils des Archives parlementaires. Cela a suscité des différences dans l’emploi des majuscules et de l’orthographe. De plus, l’évolution de l’opinion pendant ces années a eu quelques conséquences sur la façon dont certains artistes orthographiaient leur nom. Selon le contexte, le même artiste signe de Bucourt ou Debucourt, le même homme politique Quatremère de Quincy ou Quatremère-Quincy.

Cette diversité des documents imposait un traitement différencié. Nous avons modernisé l’orthographe des mots courants : notamment nous orthographions les imparfaits avec des finales en ait ou aient et non oit et oient. Pour simplifier la recherche, nous avons unifié l’orthographe des noms propres, en indiquant en note l’orthographe que l’on trouve dans le texte. La ponctuation a aussi été modernisée. En revanche, pour les textes imprimés entre 1789 et 1792 (et non les copies manuscrites ou les éditions postérieures), nous nous sommes particulièrement attachés à la façon d’écrire certains mots pour lesquels la présence ou l’absence de majuscule est significative : académie, roi, nation, assemblée nationale… Pour d’autres la nouveauté de l’institution la fait orthographier de façons différentes museum/muséum/musæum… Nous avons voulu distinguer les auteurs qui parlent des beaux-arts de ceux qui parlent des beaux Arts (sans trait d’union et avec majuscule à Art).

Tous les textes ont été retranscrits, introduits et annotés. Nous en avons présenté les principaux enjeux et les réactions qu’ils ont suscitées, notamment les comptes-rendus dans la presse. Nous avons fait quelques adjonctions, notamment des intertitres, que nous signalons à l’aide de crochets droits. Plutôt que d’établir des notes, nécessairement succinctes, sur les différents auteurs ou signataires de ces textes, nous avons préféré renvoyer vers les notices qui leurs sont consacrées dans le site Wikipedia. En revanche, nous avons éclairé, autant que faire se pouvait, les allusions littéraires, politiques ou théoriques qu’ils contenaient. Les notes peuvent être celles des auteurs des textes, dans ce cas, elles sont entre guillemets. Dans d'autres cas, elles signalent des variantes que nous avons retrouvées entre plusieurs versions du même texte ou les corrections que nous avons ajoutées. Enfin, elles peuvent aussi contenir des éclaircissements ou expliciter des références implicites. Nous y avons ajouté des liens, qui, selon le navigateur utilisé, peuvent demander un double-clic. Des liens permettent de naviguer d’un texte à l’autre, qu’ils se répondent ou qu’ils abordent des questions similaires. D’autres liens permettent de télécharger une version de chaque texte en PDF et aussi de retrouver le document original lorsqu’il est disponible en ligne.

Certains textes sont nécessaires pour comprendre le déroulement des débats, mais sont essentiellement conjoncturels. D'autres ont une portée théorique ou politique et nous les signalons, à l'aide d'un astérisque devant le titre.

Notre corpus comprend de nombreux textes inédits (ou jamais republiés ni mentionnés). Il est probable que certains autres nous aient échappé. En revanche, c’est délibérément que nous avons exclu les textes émanés de la Commission des monuments, fondée par décret du 13 octobre 1790, les inventaires des églises et maisons d’émigrés et les procès-verbaux du jury destiné à distribuer les prix d’encouragement après le Salon de 1791. Tous ces textes ont été déjà publiés, les premiers par Henri Stein en 1890, les seconds par Marc Furcy-Raynaud en 1906. De même, nous avons choisi d’écarter les textes sur l’architecture, pour peu qu’ils ne concernent pas aussi la peinture, la sculpture ou la gravure.

 

Remerciements

Cette base de données a pu être constituée grâce au soutien du Fonds national suisse pour la recherche qui a financé un projet qui s’est étendu sur quatre ans. Le site, hébergé par l’Université de Lausanne sur la base Catima, a été développé par l'entreprise Coding Brackets. Nadia Spang-Bovey a mis sa compétence à notre disposition pour régler bien des difficultés techniques. Une journée d’étude, au mois de juin 2017, réunissant Etienne Jollet, Cyril Lécosse, François-René Martin, Dominique Poulot et Joëlle Raineau a permis d’améliorer notre conception du site. Nous leur assurons à tous notre reconnaissance.

 

Nota

Nous avons tenu à mettre le plus rapidement possible cette base de donnée à la disposition de tous ceux qu’elle peut concerner. Il est certain que des corrections et des améliorations sont nécessaires et nous les ferons. Toute suggestion de la part des utilisateurs sera la bienvenue, à l’adresse suivante : art-democratie@unil.ch.


                                                Pour citer les textes

Donner la référence du texte et renvoyer au site https://catima.unil.ch/art-democratie/fr